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On Holding bat les attentes au T1 2026, les cofondateurs reprennent le poste de CEO, la Chine en doublement de croissance

12 mai 2026  ·  5 min de lecture  ·  Rédaction CAPENTIA

Le spécialiste suisse des sneakers On Holding a publié le 12 mai 2026 des résultats trimestriels supérieurs aux attentes de Wall Street, avec un chiffre d'affaires de 831,9 millions de francs suisses (+14,5 %) et un bénéfice net doublé à 103,3 millions. Le groupe a relevé ses prévisions de rentabilité annuelle. Dans la foulée, les cofondateurs David Allemann et Caspar Coppetti ont repris la direction générale, remplaçant Martin Hoffmann. La marque affiche une croissance à deux chiffres en Chine, où Nike est en déclin.

Les faits

Le 12 mai 2026, CNBC rapporte qu'On Holding a dépassé les attentes au premier trimestre 2026. Le chiffre d'affaires a atteint 831,9 millions de francs suisses, contre 823 millions attendus par le consensus LSEG. Le bénéfice net s'établit à 103,3 millions de francs (31 centimes par action), contre 56,7 millions un an plus tôt. Le bénéfice ajusté par action ressort à 37 centimes, nettement au-dessus des 27 centimes anticipés.

Les ventes directes aux consommateurs (DTC) ont progressé de 16,4 % à 322,3 millions de francs, mais sont restées légèrement en deçà des 326 millions attendus. Le canal wholesale a crû de 13,3 % à 509,6 millions, dépassant les prévisions de 499 millions.

On Holding a relevé sa prévision de marge brute annuelle à au moins 64,5 %, contre 63 % précédemment, et sa fourchette de marge d'EBITDA ajusté de 19,5 % à 20 %, contre 18,5 % à 19 % auparavant. Ces prévisions incluent un droit de douane de 20 % sur les importations du Vietnam, bien que la Cour suprême américaine ait invalidé cette taxe plus tôt cette année.

Le co-CEO Caspar Coppetti a déclaré à CNBC que la marque évolue « dans une bulle » car elle s'adresse à un consommateur aisé qui n'est pas dépendant du prix de l'essence. Il a néanmoins reconnu un contexte macroéconomique incertain, citant la guerre en Iran.

La Chine est devenue le marché le plus dynamique d'On Holding, avec une croissance en pourcentage à deux chiffres. La pénétration de l'habillement y atteint 30 %, contre 6 % en moyenne mondiale. Coppetti attribue ce succès au positionnement premium suisse : « Les consommateurs chinois deviennent de plus en plus avertis. Ils vont vers le local ou recherchent la touche spéciale. »

Analyse stratégique

Le retour des cofondateurs à la direction générale, annoncé juste avant la fin du trimestre, signale une reprise en main stratégique à un moment charnière. Le titre a perdu 27 % depuis le début de l'année, certains analystes doutant de la capacité de la marque à s'imposer comme un poids lourd mondial de la chaussure. En replaçant les fondateurs aux commandes, le conseil d'administration parie sur la vision originelle pour rassurer les marchés et relancer le momentum boursier.

La divergence entre les canaux de vente mérite attention. Le DTC, canal le plus rentable, croît plus vite que le wholesale (+16,4 % contre +13,3 %) mais reste en dessous des attentes. Cette sous-performance relative pourrait indiquer que la marque atteint un plateau dans sa capacité à convertir directement les consommateurs, ou que l'environnement macroéconomique pèse sur les achats en ligne, y compris pour une clientèle aisée.

La stratégie chinoise est le fait le plus marquant du trimestre. Alors que Nike recule sur ce marché, On Holding capitalise sur un positionnement différencié (origine suisse, qualité perçue, rareté relative) qui séduit les consommateurs chinois en quête d'alternatives aux marques américaines traditionnelles. La pénétration de 30 % dans l'habillement suggère que la marque est en train de dépasser le statut de simple marque de chaussures.

Impact sectoriel

La performance d'On Holding contraste avec les difficultés du secteur de la consommation discrétionnaire aux États-Unis, où des enseignes comme Shake Shack, Planet Fitness ou Whirlpool ont signalé un consommateur sous pression. Le positionnement premium d'On la protège partiellement, mais la baisse de 27 % du titre depuis janvier montre que les marchés anticipent un ralentissement de la croissance, même pour les marques positionnées sur le haut de gamme.

Pour le marché chinois, le succès d'On Holding face à Nike illustre une recomposition profonde des préférences. Les marques occidentales établies ne bénéficient plus d'un avantage automatique ; les nouveaux entrants qui proposent une narration de marque distincte et une qualité perçue supérieure peuvent capter des parts de marché significatives.

Ce qu'il faut retenir

  • On Holding dépasse les attentes au T1 2026 : 831,9 M CHF de CA (+14,5 %), bénéfice net doublé à 103,3 M CHF (CNBC, 12 mai 2026).
  • Les cofondateurs David Allemann et Caspar Coppetti remplacent Martin Hoffmann comme co-CEO.
  • La Chine affiche une croissance à deux chiffres, avec une pénétration de l'habillement à 30 % contre 6 % au niveau mondial.
  • Le groupe relève sa prévision de marge brute à 64,5 % et sa marge d'EBITDA à 19,5-20 %.
  • Le titre a perdu 27 % depuis janvier, malgré des résultats supérieurs aux attentes.

On Holding incarne le paradoxe de la croissance premium en 2026. Les résultats opérationnels sont excellents : rentabilité en hausse, percée chinoise, relèvement des prévisions. Mais le marché sanctionne le titre, comme s'il anticipait que la fête de la croissance ne peut pas durer dans un environnement macroéconomique dégradé par la guerre en Iran et l'inflation énergétique. Le retour des fondateurs au poste de CEO est la réponse du groupe à ce scepticisme : un signal que la vision originelle, celle qui a fait passer On du statut de start-up suisse à celui de challenger mondial de Nike, reste le meilleur atout pour traverser la tempête.