Le PDG de Saudi Aramco, Amin Nasser, a averti le 11 mai 2026 que le marché pétrolier ne se normaliserait pas avant 2027 si la fermeture du détroit d'Ormuz se prolonge au-delà de la mi-juin. Le marché perd 100 millions de barils par semaine, pour une perte nette déjà cumulée de 880 millions de barils. Les stocks de carburant approchent des « niveaux dangereusement bas » à l'approche de la saison estivale. Donald Trump a déclaré le même jour que le cessez-le-feu avec l'Iran était « sous assistance respiratoire », rejetant une contre-proposition iranienne. Les majors européennes, elles, engrangent jusqu'à 4,75 milliards de dollars en trading sur cette volatilité historique.
Les faits
Le 11 mai 2026, lors de la conférence sur les résultats trimestriels d'Aramco, Amin Nasser a livré l'avertissement le plus sévère depuis le début du conflit Iran-États-Unis. « Si le détroit d'Ormuz s'ouvre aujourd'hui, il faudra encore des mois au marché pour se rééquilibrer. Si sa réouverture est retardée de quelques semaines supplémentaires, la normalisation durera jusqu'en 2027 », a déclaré le PDG du plus grand producteur mondial de pétrole, selon CNBC.
Le détroit d'Ormuz, par lequel transitait environ 20 % du pétrole mondial avant la guerre, est pratiquement fermé depuis début mars 2026. Seuls 2 à 5 navires y passent quotidiennement aujourd'hui, contre 70 avant le conflit. Plus de 600 navires, majoritairement des pétroliers, sont bloqués dans le Golfe. Environ 240 navires attendent à l'extérieur du détroit, dont certains pourraient quitter définitivement la région.
La perte brute due à la fermeture d'Ormuz dépasse 1 milliard de barils, a précisé Nasser. La perte nette, après prise en compte des exportations redirigées via le pipeline est-ouest saoudien (Petroline) et des réserves stratégiques libérées par les gouvernements, s'établit à 880 millions de barils. Le Petroline, qui contourne Ormuz en acheminant le brut du Golfe vers la mer Rouge, a été porté à une capacité de 7 millions de barils par jour.
Le PDG d'Aramco a qualifié la perturbation du détroit de « plus grand choc d'offre énergétique de l'histoire » et averti que la pression sur les approvisionnements mondiaux « s'intensifie chaque jour qui passe ». Les stocks de produits raffinés, notamment l'essence et le kérosène, diminuent rapidement et « pourraient atteindre des niveaux dangereusement bas avant la saison estivale de conduite et de voyage ».
Analyse stratégique
L'avertissement d'Aramco dépasse le cadre d'une communication de résultats trimestriels. Il constitue une évaluation de la durée et de la profondeur du choc par l'acteur le mieux placé pour le mesurer. La modélisation d'une normalisation repoussée jusqu'en 2027, même dans un scénario de réouverture prochaine du détroit, révèle que le marché sous-estime probablement l'ampleur de la désorganisation logistique : la flotte de tankers est dispersée, les itinéraires sont désoptimisés, et il faudra des mois pour que les flux physiques retrouvent leur configuration d'équilibre.
La perte nette de 880 millions de barils, après activation de tous les leviers de contournement, signifie que les marges de manoeuvre restantes sont minces. Les réserves stratégiques ont été mobilisées, le Petroline fonctionne à pleine capacité, et pourtant le marché continue de perdre 100 millions de barils par semaine. Cette arithmétique simple implique que chaque semaine supplémentaire de fermeture d'Ormuz aggrave structurellement le déficit, sans qu'aucun mécanisme compensatoire ne puisse plus l'absorber.
Le rejet par Donald Trump de la contre-proposition iranienne le 11 mai 2026 signifie que le scénario central n'est plus une réouverture imminente mais une prolongation du conflit. Les déclarations de Nasser doivent donc être lues comme une projection du scénario le plus probable, et non comme une hypothèse pessimiste.
Impact sectoriel
Pour l'économie mondiale, la perspective d'un marché pétrolier désorganisé jusqu'en 2027 signifie que l'inflation importée restera un facteur structurel, et non conjoncturel, au moins jusqu'à la fin de l'année prochaine. Les banques centrales, déjà paralysées entre le risque d'agir trop tôt et trop tard, voient leur marge de manoeuvre encore réduite : baisser les taux dans un contexte de choc d'offre énergétique persistant reviendrait à alimenter l'inflation.
Pour les majors pétrolières européennes, la volatilité générée par cette situation est une opportunité de trading. Selon le Financial Times, elles auraient engrangé jusqu'à 4,75 milliards de dollars en tirant parti des écarts de prix créés par la désorganisation des flux physiques. Cette asymétrie, où la perturbation de l'économie réelle finance les profits spéculatifs des acteurs du secteur, alimente le débat sur la taxation des superprofits.
Ce qu'il faut retenir
- Le PDG d'Aramco prévient que le marché pétrolier ne se normalisera pas avant 2027 si Ormuz reste fermé au-delà de mi-juin (CNBC, 11 mai 2026).
- La perte nette cumulée atteint 880 millions de barils, le marché perdant 100 millions de barils par semaine.
- 600 navires sont bloqués dans le Golfe, seuls 2 à 5 franchissent Ormuz quotidiennement contre 70 avant la guerre.
- Les stocks de carburant approchent des « niveaux dangereusement bas » avant la saison estivale.
- Donald Trump rejette la contre-proposition iranienne, qualifiant le cessez-le-feu d'« en assistance respiratoire ».
L'avertissement d'Amin Nasser n'est pas une prédiction, c'est une équation. 100 millions de barils perdus par semaine, 880 millions de barils de déficit net déjà accumulés, une flotte de tankers dispersée, et aucun scénario diplomatique de résolution à court terme. Si le marché ne se normalise pas avant 2027, comme l'anticipe Aramco, cela signifie que l'économie mondiale va fonctionner pendant encore 18 mois avec un approvisionnement énergétique structurellement dégradé. Les conséquences sur l'inflation, les taux, la consommation et la croissance ne font que commencer à se matérialiser dans les résultats d'entreprises et les arbitrages des banques centrales.